dimanche 11 mai 2008

Le Nouvel Ecclesiaste


Vanité des vanités, disait Qohelet, tout est vanité

Quel avantage revient-il à l'homme
De toute la peine qu'il se donne sous le soleil ?

Les larmes et les blessures
N’ont pas plus de sens
Que le sol sur lequel
Tous s’effondreront

Les enfants naissent
Courent jusqu’au tombeau
Faisant d’autres enfants
Qui ne seront pas mieux lotis

Une génération s'en va,
Une génération s'en vient,
Et le monde ne change pas.

L’aube succède au crépuscule
Et le crépuscule à l’aube
Et la terre tourne autant qu’elle peut
Et tout cela est vanité

Ce qui est arrivé arrivera encore,
Ce qui s'est fait se refera :
Rien de nouveau sous le soleil

Tout n’est que vanité car nul ne se souvient
Tout va vers le néant et plus rien ne devient

Tous les discours sont fatigants
Mais l’œil n’est jamais rassasié de voir,
Ni l’oreille d’entendre
Mais les choses se font
Au-delà de ce que l’on peut dire

Je fût de ceux qui veulent connaître
J’ai examiné la terre,
J’ai cherché au fond des choses
De ce qui se fait sous le soleil
Toutes les actions sont vanités et poursuite de vent,
Et celle-ci est la pire

Le drame des hommes est qu’ils peuvent voir
Que tout est vanité
Alors ils fuient
Ils fuient la vanité
Ils fuient leurs propres yeux

Les sages et les fous
S’agitent en vain jusqu’au tombeau
Et quelques jours passés
De tous sont oubliés
Les uns comme les autres !

La sagesse est vaine et inutile
J’ai su cela et j’ai maudit la sagesse :
Beaucoup de sagesse, Beaucoup de chagrin
Plus de savoir, plus de douleur

Les hommes s’agitent en vain
On ne peut redresser le tordu
On ne peut évaluer le manque

Et j’ai haï la vie
Car ce qui se fait sous le soleil m’a déplu
Tout y est vanité et pâture de vent

Alors j’ai cherché la joie et le plaisir,
Cela aussi était vanité
J’ai dit au rire : « insensé »
Et de la joie : « Elle est sans but »
Mais de toutes les vanités
Elles furent les plus douces !

Voila celui qui donne toute sa peine,
Sa force, sa sagesse et ses efforts,
Mais que restera-t-il à son cadavre ?
Il n'y à de bonheur
Qu'à goûter le plaisir
Au bout de nos efforts

Il y à un moment pour tout et un temps pour toute occupation ici-bas
un temps pour naître et un temps pour mourir ;
un temps pour planter et un temps pour déraciner ce qui fut planté ;
un temps pour tuer et un temps pour soigner ;
un temps pour démolir et un temps pour bâtir ;
un temps pour pleurer et un temps pour rire
un temps pour s’endeuiller et un temps pour danser ;
un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser ;
un temps pour embrasser et un temps pour repousser les baiser ;
un temps pour chercher et un temps pour perdre ;
un temps pour conserver et un temps pour jeter
un temps pour déchirer et un temps pour recoudre ;
un temps pour se taire et un temps pour parler ;
un temps pour aimer et un temps pour haïr ;
un temps pour la guerre et un temps pour la paix ;
Que reste-t-il à celui qui agit, de ce à quoi il s'applique ?

Par delà mon malheur
J'ai regardé ce monde
Que nous avons bâti
Et bâtissons encore

J'ai vu des foules entières
Sombrer dans la folie
Des peuples et des patries
Qui vivait pour la guerre

J'ai vu les plus beaux idéaux
Porteurs des espoirs les plus grands
Apporter la haine et le sang
La Terreur et des tyrannies

Ceux d'hier s'en retournaient dans leurs tombes
Ceux du jour s'en retournaient dans leurs cieux

Et j'ai compris que l'histoire n'était que tragédie

Les hommes s’agitent en vain
Ils veulent jouissances et joies
Et parfois des empires
Mais la fortune est capricieuse
Et la vanité l'emporte
En une pâture de vent

J’ai dit que la vie était mal faite
Car tout ce qui se fait ici bas
Est vanité et pâture de vent

Que revient-il à l’homme de son travail et de sa peine ?
Tous les jours ne sont que souffrance, et la nuit n’offre pas de repos, et tout cela pour rien
Toutes nos peines sont vanité

Et j’ai compris qu’il n’y à pas de bonheur pour l’homme
Sinon dans la joie qu’il trouve ici-bas

Alors va, jouis tant que tu peux
Jouis des fruits de ton labeur
Et des mets de ta table
Et de la douceur de la chair
Car tu cours à ta perte et ce que tu bâtis
Un jour sera détruit

Et je me suis désespéré de mon sort
L’homme et la bête ont le même destin
Ne valant pas mieux l’un que l’autre
Car tous ne sont que vanité
Tout est poussière et retourne à la poussière

Et j’ai penché mon regard sur toutes les oppressions qui se font ici-bas.
Voici les larmes des opprimés
Et ils n’ont pas de consolateurs
La main de leur bourreau
Est remplie de violence
Et personne ne leur fait rendre gorge
J’ai encore vu ici-bas
Le lieu du jugement tenu par l’iniquité,
Le siège de la justice envahie par le crime
J’ai vu bons et juste
Au ban de l’infamie
Menés à l’échafaud
J'ai vu les justes avoir le sort des méchants
Et les méchants avoir le sort des justes
Tout cela aussi est vanité
Partout j’ai regardé, je n’ai vu que douleurs
Toutes les souffrances sont vanité

Et j'ai loué les morts
Bien plus que les vivants
Parce qu'ils sont morts déjà
Et plus heureux encore
Que les uns et les autres
Celui qui n'est jamais né
Car il n'a point vue le mal
Qui se fait ici-bas

C'est la un bienfait de goûter la joie dans l'effort qu'on se donne en ce monde
Car ainsi l'on ne pense pas trop à la vie
On se distrait par la joie de son cœur
Voici pourtant un autre mal que j'ai remarqué ici-bas
Et qui s'abat fréquemment sur les hommes

Voila quelqu'un qui a
Richesses, trésors et gloire
Si bien qu'il ne lui manque rien
De tout ce qu'il peut désirer
Et pourtant, il ne parvient pas à en jouir,
N'est jamais rassasié,
Et sent toujours le manque
Jusqu'au fond de son coeur

Au regard de l'univers, tout est vanité
La preuve en est que pour tous il y a un destin identique :
Pour le juste comme pour le scélérat,
Pour l'honnête homme comme pour le criminel,
Pour celui qui se sacrifie et celui qui se cache ;
Le brave homme n'a rien de plus que le méchant
C'est là un terrible mal parmi tous ceux qui se font ici-bas,
Qu'il y ait un sort identique pour tous
C'est pourquoi le cœur des fils de l'homme
S'emplit du désir de mal faire
Et la sottise s'y installe - pendant leur vie...
Et après : chez les morts !
Car qui sera excepté ?
Or, pour tous les vivants, ils reste encore quelque espérance :
Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort

Les vivants en effet
Savent au moins qu'ils vont mourir
Mais les morts ne savent plus rien
Et n'ont plus rien à gagner
Leur souvenir lui-même a disparu
Leur amour, leur haine et leur désir avec
Et ils n'auront plus jamais part
A ce qui se fait sous le soleil

Alors prends du plaisir
Mange ton pain et bois ton vin
Met tout le temps des habits de fête ;
Ne te refuse rien
Jouis de la vie avec ceux que tu aiment
C'est là ta part dans l'existence
Et dans le tracas que tu te donne sous le soleil

Tout ce qui est dans ton pouvoir,
Fais le dans ta force
Car il n'y a plus ni action, ni pensée
Ni savoir, ni sagesse
Au Shéol où tu vas...
Tous les hommes vont au néant
Cela aussi est vanité

Ici-bàs le mal triomphe
Et la souffrance est vanité
Mais qui peut savoir si la vie vaut d'être vécue ou non ?

Voici la fin de mon discours

Puisque tout est vanité
Réjouis toi tant que tu peux
Que la chance te sourit
Par je ne sais quel chemin
Et que ton cœur soit puissant !

Vanité des vanités, disait Qohelet, tout est vanité